Le pèlerin cycliste

Les réflexions qui suivent sont le fruit de l’expérience acquise en parcourant à VTT environ 5000 kilomètres sur les chemins de Compostelle entre 2014 et 2025 : les quatre « grandes voies » de France (Tours, Vézelay, Le Puy et Arles) et les voies les plus fréquentées en Espagne (Camino del Norte, Primitivo et Camino Frances aller et retour). Ces chemins ont été parcourus pour une moitié à VTT à « traction animale », et pour l’autre moitié (l’âge aidant…) à VTT à assistance électrique.

Le pèlerin cycliste est-il légitime ?
Tous les puristes le disent : le « vrai » pèlerin part de chez lui, à pied et seul… Mais la réalité des situations personnelles ne permet pas, bien souvent, de respecter ce qui était la règle au Moyen-Âge. Pour les personnes en activité professionnelle, notamment, les pérégrinations sont le plus souvent limitées à une à deux semaines chaque année. Pour d’autres, une absence prolongée (de plus d’un mois) peut ne pas être envisageable. Dans ce dernier cas, l’option cycliste peut s’avérer un intéressant compromis. On peut en effet considérer qu’en quatre semaines environ, il est possible de rallier Santiago à vélo depuis n’importe quel coin de France (une étape cycliste représentant entre 2 et 3 étapes piétons).
Dès lors que l’on choisit le vélo, quel itinéraire choisir ? Il existe bien des itinéraires cyclistes vers Santiago, documentés en particulier dans des guides belges et hollandais (notamment le célèbre « St Jacobs Fietsroute », en langue néerlandaise), mais le cycliste soucieux de rester le plus proche des piétons afin de multiplier les occasions de rencontres (c’est mon cas) fait plutôt le choix du VTT, et de suivre au plus près l’itinéraire des marcheurs (qui est pratiquement commun avec le GR65). En revanche, il ne retrouvera jamais deux soirs de suite, comme c’est fréquemment le cas pour les piétons, les mêmes pèlerins aux étapes : les rencontres sont sans lendemain…

Quel est l’accueil réservé aux cyclistes ?
Pour ce qui concerne les hébergements, il y a lieu de distinguer entre VTT et VTTAE. En VTT, je n’ai jamais constaté de différence entre cyclistes et piétons, même en Espagne, où il se dit que les piétons sont prioritaires dans les albergues. En VTTAE, aucune différence non plus dans la très grande majorité des cas. Sur 38 étapes, je n’ai rencontré que l’exception d’un accueil donativo en Espagne que refusait les cyclistes motorisés. Les recharges, quant à elles n’ont été payantes que dans deux cas, dont un à un tarif dissuasif qui a été facilement négocié, car le coût réel d’une charge au tarif EDF est d’une fraction d’euro.
Une autre question que peut se poser le cycliste : sac à dos ou sacoches ? Dans ce domaine également, j’ai expérimenté les deux options et je reste adepte du sac à dos, mais je dois avouer que je n’ai pas rencontré beaucoup de pèlerins cyclistes partageant mon point de vue. Il importe naturellement que le poids du sac respecte les recommandations habituelles, mais la pratique montre que les sacoches, si elles préservent les dos fragiles, modifient significativement le comportement du vélo, ce qui peut être problématique dans les passages difficiles.

Le choix du sac
C’est la première interrogation du futur pèlerin : quel sac à dos choisir, et qu’y mettre ?
S’il n’y a pas de réponse unique à ces questions, il est possible de dégager un certain nombre d’idées générales, et d’y ajouter quelques astuces recueillies auprès de celles et ceux qui nous ont précédés sur les Chemins.
La première recommandation est d’anticiper, et de tester « en vraie grandeur » tout son équipement (sac à dos, chaussures, mais aussi vêtements, en particulier de pluie). Quelques sorties par tous les temps avant le grand départ serviront à la fois d’entraînement et de test.
Le sac « idéal » se doit d’être léger, imperméable et d’une capacité de l’ordre de 40 litres. Une fois chargé, on considère habituellement qu’il ne doit pas dépasser 10 à 12 % du poids du pèlerin (eau et nourriture non comprises)… et l’expérience montre que, si cette règle n’est pas facile à respecter, son bien-fondé se vérifie au fil des kilomètres. L’expérience montre également qu’il n’est pas rare de constater, à l’arrivée, que certains vêtements emportés en plusieurs exemplaires « par précaution », n’ont pas été utilisés.
Et même si le sac est imperméable, il est prudent de répartir son contenu dans différents sachets plastiques : ils constitueront une barrière supplémentaire contre l’humidité, et pourraient s’avérer très précieux en cas de fréquentation (toujours possible) de punaises…
Petit détail pratique : privilégier un sac avec ceinture ventrale munie de poches : cela peut s’avérer fort utile pour quelques accessoires, et en particulier pour avoir son téléphone à portée de main sans l’avoir dans la main.

Le contenu du sac
Les recommandations en matière de contenu du sac du pèlerin ne manquent pas sur internet. Inutile donc de reprendre ici une liste à la Prévert. Pour plus de souplesse, le lecteur trouvera ci-dessous une liste sur tableur, ce qui permettra à chacun de l’adapter en fonction de ses choix.

Quelques recommandations particulières cependant :
• les chaussures pèsent lourd, à l’inverse des tongs, qui ont en plus l’avantage de permettre une salutaire aération des pieds après de longues heures d’exercice.
• au chapitre de la trousse de premier secours, un tire-tique s’avère de plus en plus indispensable.

GPS ou smartphone ?
Si les marcheurs se voient proposer plusieurs guides papier, le problème du cycliste est particulier. En effet, s’il veut éviter de s’arrêter pour consulter une carte ou un guide à chaque carrefour, il lui faut un dispositif capable d’afficher en temps réel son itinéraire, c’est à dire un smartphone ou un « bon » GPS, offrant une cartographie aussi topographique que possible (donc bannissant Google Maps). En la matière, toutes les « Open » maps sont les meilleures solutions gratuites, le must en France étant le fond de carte IGN (disponible gratuitement sur l’appli « Cartes IGN »). En matière de GPS,on peut mentionner la marque (espagnole) Twonav, qui possède entre autres l’avantage de gérer nativement les formats standards GPX (à la différence de Garmin) et de permettre l’affichage du fond de carte IGN 1/25000 (moyennant finances…). Sur smartphone, on peut signaler, répondant aux critères ci-dessus, l’application LocusMap (sur smartpohone Android), qui permet d’afficher différents fonds de cartes.
Dès lors, quelle solution choisir ? L’idéal est de ne pas choisir, et de retenir les deux solutions. En effet, le GPS dispose d’une autonomie qui dépasse souvent une journée, ce qui n’est pas le cas de la plupart des smartphones. De plus le fait de d’avoir deux dispositifs susceptibles d’afficher l’itinéraire constitue une sécurité rassurante.
La solution idéale est de préparer son itinéraire au format GPX avant de partir, de l’enregistrer à la fois sur smartphone et sur GPS, et de l’afficher indistinctement sur les deux dispositifs.
Le lecteur l’aura compris, il n’est nulle part question ici de Google Maps, qui peut rendre des services pour rechercher une épicerie (encore que OpensStreetMap le fasse aussi bien), mais qui ne constituera jamais une carte topographique, indispensable pour un suivi fiable de l’itinéraire…

Encore quelques détails pour le Chemin
• Ne pas oublier un cadenas…
• Indispensable en Espagne sur le Camino Frances : la sonnette !
• Un site espagnol particulièrement bien documenté (y compris en France) : https://www.gronze.com/
• Une appli espagnole pour sécuriser le pèlerin : alertcops

Buen Camino !

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